« Si je ne me raisonnais à certains moments, je crierais à qui voudrait bien l’entendre qu’Haïti est le plus beau et le plus ravissant pays du monde et que les Haïtiens représentent un peuple beau, grand et magnifique. (...) » Jean Métellus Haïti une nation pathétique -

Toussaint Louverture

Toussaint Louverture, le Napoléon Noir, n'est pas à présenter, mais au cas où, la meilleure source est bien sûr l'ouvrage des écoliers haïtiens : Histoire d'Haïti, cours supérieur par le Docteur J. C. Dorsainvil (éditions Henri Deschamps).

Toussaint était né en 1743, au Haut-de-Cap sur l'habitation Bréda. D'après la tradition, il était le petit-fils de Gaou-Guinou, roi des Aradas : ce petit-fils de roi vécut plus de quarantes ans dans l'esclavage.
Enfant, il était chétif, et par dérision, on le surnommait Fatras-Bâton. Stimulé par la moquerie, il fortifia si bien son corps et l'endurcit tellement à la fatigue par des exercices violents comme l'équitation et la natation que, jeune encore, son habileté de cavalier le fit appelé le Centaure de la savane.

Histoire d'Haïti, cours supérieur par le Docteur J. C. Dorsainvil (éditions Henri Deschamps)
Tableau : Toussaint Louverture par Louis Georges.


Extrait - Tirade de l'interrogation

1804 : Saint Domingue, devenue « Haïti », proclamait son indépendance à la face du monde. La première république noire de l'histoire était née. Après plus de trois siècles d'esclavage, et au terme de plus de dix ans d'insurrections douloureuses, s'ouvrait pour ce petit peuple des Caraïbes, le difficile chemin de la liberté. Un homme - parmi d'autres - joua un rôle éminent dans ce processus : Toussaint Louverture, le napoléon noir. A la fois inspiré, en fils surgi des entrailles d'une terre de larmes et de sang, meneur d'hommes aussi sensible qu'impitoyable, chef de guerre avisé, tacticien redoutable, politique profond et résolu... Oui, c'est une figure étrangement complexe et attachante. En témoigne cet extrait (Toussaint Louverture de Jean Métellus), nommé la tirade de l’interrogation au moment où Napoléon via le général Leclerc l’invite en France (il finira dans un cachot au fort de joux dans le jura …)

« J’introduirai la gravité dans la vie, même au péril de ma propre existence. On ne peut revenir en arrière. Cependant cette flotte qui agresse notre île et m’enferme à Ennery, cette expédition qui m’accule au dialogue, me font imaginer le pire. Le retour au passé : je ne le veux pas. Dois-je répondre à la politesse appuyée de cette invitation qui me propose la paix et la tranquillité à moi qui ai restauré seul, l’unité de l’île ? La décision m’incombe. J’ai laissé les hommes sous les armes, les officiers avec leur grade. Si Leclerc est assez fourbe pour fouler les prescriptions de l’honneur militaire et m’arrêter avant toute discussion, la postérité le honnira et la mémoire de Bonaparte sera souillée. Si je dois affronter la trahison et la mort, j’ose le dire sans forfanterie, je servirai la cause de la liberté : le pays ne supportera pas cette offense et dans un sursaut d’énergie, expulsera les esclavagistes : le pays se libérera ! Mais si Leclerc accepte la négociation et respecte la pause qui m’est nécessaire afin de tirer les leçons d’hier et d’organiser l’avenir, le pays reprendra ses forces, le pays se libérera ! Plus ou moins tôt, plus ou moins tard, que je vive ou que je meure, le pays sera libre. J’irai au rendez-vous ! »

Toussaint et Napoléon : le premier des blancs et le premier des noirs

Toussaint :

Bonaparte, en lisant la lettre qui accompagne la constitution, saura à qui il s’adresse car elle est intitulée : « Le premier des Noirs au premiers des Blancs ». Par ailleurs, j’ai donné à mes généraux, Christophe, Dessalines et Pétion, l’ordre de couler tous les vaisseaux qui se présenteraient, de tenir jusqu’à la dernière extrémité et d’incendier tout ce qu’on ne pourrait sauver. Dessalines a reçu l’ordre de mettre le feu à Port-Républicain, construit, construit tout en bois : la destruction par le feu est notre seul moyen de défense en attendant la saison des pluies. La terre enrichie par notre sueur ne doit fournir aucun aliment à ces envahisseurs. J’ai demandé à tous les généraux de faire carabiner les chemins, de les rendre impraticables en les couvrant de branches d’épineux, de faire jeter les cadavres d’animaux dans les sources, de tout anéantir et brûler afin que ces envahisseurs aient devant eux l’image de l’enfer qu’ils méritent.

(...)

Si je dois affronter la trahison et la mort, j’ose le dire sans forfanterie, je servirai la cause de la liberté : le pays ne supportera pas cette offense et dans un sursaut d’énergie, expulsera les esclavagistes : le pays se libèrera !
Mais si Leclerc accepte la négociation et respecte la pause qui m’est nécessaire afin de tirer les leçons d’hier et d’organiser l’avenir, le pays reprendra ses forces, le pays se libèrera !

Plus ou moins tôt, plus ou moins tard, que je vive ou que je meure, le pays sera libre.

Extraits de la pièce de théâtre de Jean Métellus : Toussaint Louverture (Hatier - paris 2003)

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« (…) Je tenterais même d’expliquer que si Haïti connaît le sort qui est le sien c’est à cause de la jalousie d’un monde qui n’a jamais vu d’un bon œil se développer dans cette partie des caraïbes un peuple capable de réaliser toutes les grandes œuvres humaines (...). »
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